Fâtima bint Muhammad ibn ahmad as-Samarqandî


Fâtima bint Muhammad ibn ahmad as-Samarqandî (environ 578/1182, à Alep en Syrie) fut une grande savante, en Fiqh et en Hadîth particulièrement. Son père était lui-même un savant. Fatima était extrèmement belle, alors beaucoup de rois l'ont demandé en mariage mais son père refusa toujours. Et puis un jour, un de ses étudiants dénommé al-Kasânî était particulièrement brillant et a écrit un commentaire de de ses livres [à son père]. Le père fut tellement enchanté par ce livre qu'il maria sa fille avec cet étudiant et le commentaire en était la dot. Cet homme, al-Kasânî, devint savant à son tour, un juriste hanafite, et Fatima corrigeait ses jugements et énonçait elle-même des fatwas conjointement avec son père. Même le sultan syrien avait engagé Fatima pour conseiller sa famille sur des sujets juridiques.1

1Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 54.

Portraits de poétesses musulmanes



Beaucoup de femmes musulmanes se sont adonnées à la poésie tout au long de la civilisation islamique, que ce soit à titre accessoire ou même à titre professionnel. Nous présentons ici une liste succincte parmi toutes celles ayant pu existé, en différents endroits et à différentes périodes, avec un aperçu de leurs autres talents lorsque l'information était disponible.

Fadl ash-shâ'ira (décédée en 260h/874g1) de Basra était considérée comme la meilleure poétesse de son temps, elle composait des élégies pour les califes et les rois. Ibrâhîm ibn al-Mahdî dit d'elle : « Fadl ash-shâ'ira avait la meilleure calligraphie des créatures d'Allah, les mots les plus éloquents, l'allocution la plus fluide, et la fermeté dans le débat.2 »

'Âbida bint Muhammad zl-Juhaniyya était une poétesse, écrivaine et calligraphe, du 4ème siècle hégirien (10ème siècle grégorien), qui vivait à Bagdad. Elle récita l'un de ses poèmes lors d'une réunion organisée par le gouverneur 'Adud ad-Dawla, à l'occasion de l'Aïd 317h/929. Elle a également écrit une satyre sur l'un des vizirs.3

'Â'isha bint Ahmad al-Qurtubiyya fut une poétesse, une calligraphe et une copiste du Coran. Elle a vécu en Andalousie sous les Umayyades (est décédée en 400 de l'hégire/1009 de l'ère grégorienne) et fut la tutrice et la gouvernante des enfants du vizir Ibn Abî 'Âmir.4

Au Maroc, nous pouvons citer la poétesse 'Â'isha bint 'Umâra Al Hasaniyya, considérée comme unique en son temps (6ème hégirien/12è siècle grégorien) dans l'art de la poésie5.

Dans la Perse Safavide, Bîdilî, la mère de shaykhzâdâ Ansârî était une poétesse, de même que son fils et son mari6.

Buthayna bint al mu'tamid ibn 'Abbad, connu pour sa beauté et sa vivacité d'esprit, était une poétesse de Séville et fille du dirigeant de la ville7.

'Â'isha bint Yûsuf al-Ba'ûniyya était une savante, soufie, auteure, poétesse et professeur. Elle a vécu à Damas et au Caire, est décédée en 922 de l'hégire (1516 de l'ère grégorienne). Elle a écrit des ouvrages de Fiqh, de tasawwuf et de poésie, elle enseigna le Fiqh et donna des fatwâs au Caire.8

tima bint 'Abdu'l-Qadîr ibn Muhammad (878h/1475g-966h/1558g9) était une savante religieuse en plus d'être une calligraphe et une copiste. Elle a copié beaucoup de livres, son mari était enseignant dans la Madrasa Rawwâhiyya et elle-même était à la tête des Khanqâh 'Âdiliyya d'Alep et Zajjâjiyya10.

L'iranienne Begum (shâh Mulk) a écrit une collection de poésie (diwan) qui fut admiré, au 10ème siècle hégirien (16ème siècle grégorien)11.

Amatu'llâh bint Muhammad Sadaqî, de Constantinople (décédée en 1115h/1704g). Elle était poétesse et écrivaine, a composé une collection de poèmes (diwân) d'élégie et une collection de poèmes d'amour.12

'Â'isha bint 'Ismat bint Ismâ'îl Taymûr fut une poétesse qui écrivit plusieurs collections de poésie en arabe, turque et perse. Elle a vécu au Caire, de 1256h/1840g à1306h/1889g (ou 1902)13


1g. pour l'année grégorienne et h. pour année hégirienne.
2Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 43.
3Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p.2.
4Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 5.
5Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p.10.
6Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 33.
7Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 35.
8Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p.11.
9g. pour l'année grégorienne et h. pour année hégirienne.
10Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p.46.
11Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 32.
12Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p. 13.
13Bewley A. A., Muslim Women. A Biographical Dictionnary, Ta-Ha Pulishers Ltd., London, 2004, p.10.

70 poétesses anté-islamique



Il est un fait connu que les arabes de l'époque anté-islamique prisaient la poésie et étaient même devenus maîtres en la matière. Les femmes également se sont illustrées dans ce domaine et un certain nombre de leurs poèmes sont passés à la postérité. Si le nombre de poètes et poétesses ne peut être connus avec exactitude, des recensements ont tout de même été effectués par ce que les historiens ont pu retrouvé comme traces. Ce ne serait pas moins de 70 poétesses qui auraient existé juste avant l'avènement de l'Islam. Certaines de celles-ci, comme la plus célèbre d'entre elles, al Khansâ'« la plus grande poétesse arabe »1 se sont converties à l'Islam. Un certain nombre de compagnonnes du Prophète Muhammad, pbDsl, ont composé des poèmes, comme leurs homologues masculins.
Les orientalistes s'étant intéressés à la poésie arabe anté-islamique, on peut trouver en français des études sur leurs auteurs, leurs styles et thèmes, de même que des traductions de ces poétesses de la première heure.

Un extrait d'un article récent :
« Les poétesses sont au nombre de soixante-dix selon le recueil de Louis Cheikho intitulé Riyâdh al-’Adab fi marâthî shawâ‘ir al-’Arab3. Le thrène s’est développé au VIe siècle dans toutes les tribus du domaine arabe depuis l’Euphrate jusqu’au Hedjaz; la survivance de certains dîwân-s comme celui d’al-Khansâ’ montre que ce genre s’est étendu et conservé au cours du siècle suivant. Les textes conservés sous une forme de fragments, plus ou moins longs, s’insèrent dans des récits semi-historiques de « gestes » comme les guerres entre tribus, dont celle de Basûs, fort connue des historiens. Ces femmes avaient chacune célébré, à sa façon, dans une tonalité particulière, un amant ou un frère dans des élégies funèbres. Leur poésie était surtout l’expression d’une douleur particulièrement profonde ressentie par la perte d’un être cher. »2


Pour conclure, un poème d'al Khansâ' où le thème récurrent de ses pleurs pour la mort (dans la jahiliyyah) de son frère ressort avec son style si caractéristique :

Poème 18:Quand gémit une tourterelle

Je pleure sur Sakhr
Quand gémit dans la vallée
Une tourterelle au précieux collier.

Il portait un haubert fait
De mailles doubles et ceignait
Un sabre aux tranchants polis
De la couleur du sel.

Il s'armait d'un arc
En bois de grewia qui gémissait
Et d'une lance à hampe souple guère
Desséchée et point ordinaire.

D'un naturel fort généreux,
Ni faible, ni ignorant,
Il était aussi courageux
Qu'un lion de la forêt courant

Parmi les lions de Bîcha, à la crinière flottante,
Pour protéger un chemin
A travers les sables de ses plus proches voisins :
Citadins et Bédouins.

Il rassasiait les gens si un vent,
Hurlant et soulevant
La poussière, chassait les nuages.3



1 M. Hamidullah, Le Prophète de l'Islam. Sa vie, son œuvre, 1998, tome 1, point 773 p. 436.
2 Henda Zaghouani-Dhaouadi , « Le cadre littéraire et historique des Mu‘allaqât et de la poésie arabe préislamique », Synergies Monde arabe n° 5 - 2008 pp. 23-46.
3 Anissa Boumediène, Moi, poète et femme d'Arabie / Al-Khansa', poèmes trad. de l'arabe, préf. d' André Miquel, Paris : Sindbad, 1987.

Beaux hadiths sur la pudeur : cette qualité qui nous réfrène de commettre des actions blâmables.



Le Prophète Salla Allahou 3alayhi wa salam a dit:
"La foi comporte soixante-dix et quelques branches dont la pudeur (timidité freinant toute tendance blâmable)".

D'après Ibn `Umar (qu'Allah soit satisfait de lui), le Prophète Salla Allahou 3alayhi wa salam , ayant un jour entendu un homme en train de prêcher la pudeur à son coreligionnaire, il dit :
"La pudeur fait partie de la foi".

Selon `Imrân ibn Husayn (qu'Allah soit satisfait de lui), le Prophète Salla Allahou 3alayhi wa salam a dit :
"La pudeur n'emporte que le bien".

Les hadiths sont tous extraits du sahih Muslim.

Le rôle de 'Asma bint Abî Bakr dans l'hégire de l'Envoyé d'Allah saws



Ce qui rendit Asma bint Abï Bakr le plus célèbre est sans doute le rôle actif qu'elle joua en aidant le Prophète, paix et bénédiction d'Allah sur lui, et son père lors de l'hégire. Ce fut notamment elle qui les approvisionna en nourriture tout en cachant leur localisation.


Voici le résumé des événements d'après la Sira d'ibn hicham :
Après que le Prophète, paix et bénédiction d'Allah sur lui, échappa au complot visant à le tuer dans son lit où 'Ali a avait pris sa place, il alla se réfugier chez Abu Bakr. « Selon ibn Ishaq (élève d'abu hanifah, écrit sa sira vers fin du 1er siècle), personne ne connaissait le moment exact auquel le Prophète émigra excepté 'Ali, Abu Bakr et sa famille1. » Abu Bakr avait demandé la permission au Prophète de l'accompagner et tous deux partirent se réfugier dans la grotte d'une montagne derrière la mecque appelée thawr. Abdullah le fils d'Abu Bakr était chargé d'écouter les nouvelles de leurs recherche par les Quryach le jour, pour leur rapporter la nuit, de même que Asma' venait la nuit leur apporter des provisions, et le serviteur d'Abu Bakr, 'Amir ibn fuhayrah faisait marcher le troupeau de mouton la journée pour effacer les traces de ces passsages, tout comme il leur ramenait du lait des moutons de jour. Ils restèrent 3 jours dans la grotte puis décidèrent de partir avec le sac de provision de Asma.


Al boukharî dans son sahih relate un hadîth qui donne une autre précision sur la manière dont Asma approvisionnait Abu Bakr et le Prophète, paix et bénédiction d'Allah sur lui : le surnom d'Asma comme « la femme aux deux ceintures » est depuis passé à la postérité.

Asma a dit : « Lorsque le Prophète (prière et salut sur lui) décida de partir pour l’Hégire, je me chargeais de préparer les provisions de route dans la maison d’Abou Bakr, mais je ne trouvai pas de corde pour nouer son sac de vivres et sa gourde. - Je ne dispose pour les nouer que le cordon de ma ceinture, dis-je à Abou Bakr. - Sépare-le en deux, me dit-il et noues-en avec, la gourde et le sac. J’obtempérais à ce qu’il me dit et depuis, on m’appelle la femme aux deux ceintures, conclut Asma. »

En conlusion, cette anectode montre comment une éminente femme musulmane a participé à la cause d'Allah. Egalement la meilleure parole pouvant illustrer l'esprit que doit avoir le musulman lorsqu'il agit pour sa religion dans ce même contexte est le verset qu'al Boukhârî cita concernant cette histoire :

« Emportez des provisions de route, mais la crainte de Dieu est la meilleure des provisions. » (Coran s.2 v.197) 



1 Sa famille comprenait ses deux filles Asma et Aïcha.

REPONSES AUX OPPOSANTS A LA PARTICIPATION DE LA FEMME MUSULMANE A LA VIE SOCIALE



Notre article, initalement paru sur islammag sous le titre « LA PARTICIPATION DE LA FEMME MUSULMANE À LA VIE SOCIALE (SUITE ET FIN) », résume les arguments d'Abu Chouqqa dans son Encyclopédie de la femme musulmane.


3ème volet : Discussion autour des objections aux opposants de la participation de la femme à la vie en société
Abu Chouqqa étudie plusieurs objections que les opposants à la participation de la femme musulmane à la vie de la société avancent, et y répond. Nous présentons quatre de ces objections, qui tournent essentiellement autour du prétexte de la mixité pour entraver l'action des femmes, et nous indiquerons les réponses de notre auteur, avec quelques compléments :

●  Objection n° 1 : Les Textes sacrés montrant cette participation féminine sont liés au Prophète, lui sont spécifiques et sont sans portée générale.
La réponse à cette objection est que le principe dans les relations sociales (mu'âmalât) est : « tout est autorisé sauf ce qu'Allâh et son Envoyé ont apporté comme preuve d'interdiction » » ; et il faut des preuves pour dire qu'une loi est spécifique au Prophète . D'ailleurs, si l’on dit que ces Textes étaient spécifiques au Prophète , alors qu'en est-il de toutes ces femmes qui ont été en contact avec lui? (cela n'était pas spécifique pour elles). J’ajouterai que cette participation des femmes à la vie sociale se faisait non seulement au contact du Prophète  mais également des autres hommes de l’époque, et qu’elle s’est poursuivie de la même manière à l’époque des Califes bien guidés et au-delà comme le montrent tous les livres d'Histoire. 

●  Objection n° 2 : les contacts entre hommes et femmes chez les sahabas sont particuliers et sans portée générale.
Cette objection ne tient pas du fait des trop nombreux cas divers et variés d’une part, et du fait d’autre part que ce qui est valable du temps du Prophète  l'est pour les temps futurs et que des imams comme Al-Bukhârî et Ibn Hadjar en ont bien tiré des règles générales, pour ne citer qu'eux. J’ajouterai que la voie des sahabas (qawl as-sahabi plus précisément, qui signifie l'opinion du compagnon) est une source reconnue de la jurisprudence islamique et le fait est que les sahabas ont agréé cette participation de la femme à quasiment toutes les échelles. Ultérieurement, nombreux sont les savants qui ont tirés des règles générales de ces hadiths sur les sahâbiyât.

●  Objection n° 3 : ces contacts étaient motivés par la nécessité.
La réponse est que si ces contacts étaient motivés par la nécessité il faut alors une preuve de l'interdiction première, de plus il faut montrer où est la nécessité et enfin, on demande à ces opposants : qui a rapporté cette nécessité chez les grands imams prédécesseurs ?

●  Objection n° 4 : la société du temps du Prophète  était une société vertueuse où la tentation n'était pas à craindre, à l'inverse de notre société dissolue où la tentation est omniprésente.
Abu Chouqqa répond qu’il est obligatoire de se conformer au modèle du Prophète , et puis il y avait aussi des hypocrites, des non musulmans dans cette société.
J’ajouterai que malgré la vertu ambiante il y a eu des cas d’adultères et de fornication, il y avait beaucoup de tribus nouvellement converties qui étaient loin d’avoir atteint un niveau général de vertu (dont un certain nombre ont d'ailleurs apostasié dès la mort de l'Envoyé ) contrairement à la société directement au contact du Prophète. Ce dernier n’a pas pour autant limité leur mixité, pas plus que ne l’ont fait les Califes bien guidés après lui [1], sachant que cette mixité était saine et suivait les règles de la charî'ah. Ainsi il est malheureux de vouloir limiter le champ d’action des femmes au sein de la société sous prétexte de la mixité alors que celle-ci ne fait que suivre la bienséance et les règles islamiques connues (partage d'un espace commun entre les hommes et les femmes, mais avec des limites dans le regard, l'habillement, et une interdiction de l'isolement entre un homme et une femme non-mahram et de ce qui constitue une fitnah). Qui chez nos pieux prédécesseurs aurait empêché les femmes d’œuvrer dans la société ? Par ailleurs, si les gens qui veulent interdire toute mixité même dans le respect des règles islamique le font au motif de la différence entre les mœurs d’aujourd’hui et ceux de la société prophétique, pourquoi ne demandent-ils par exemple pas de restreindre l’application des Huddud (les sanctions pénales fixées par les Textes sacrés) ou encore de la polygamie au nom de cette même différence ? Et qu'Allâh nous préserve d'altérer Sa religion.

Conclusion
En conclusion, non seulement il existe de nombreux motifs légitimes pour la femme musulmane de participer à la vie de la société, en plus du fait que les arguments de ceux qui s'y opposent sont largement contestables, voire complètement infondés, mais rétablir cet aspect de la religion est une nécessité. Il s’agit de la sauvegarde de la religion telle qu’elle est révélée par les Textes et comprise par les sahabas et leurs successeurs.
En outre, on ne peut rester passif face au fait d’enlever aux femmes leurs droits les plus élémentaires. Celui qui rétablit la vérité en la matière et oeuvre à la faire appliquer ne fait que suivre l'exemple de certains pieux prédécesseurs qui ordonnaient le bien et interdisaient le mal, y compris en matière de droit des femmes :
'Abdallah Ibn 'Omar dit « Le Prophète  a dit : « N'interdisez pas aux femmes de se rendre à la mosquée la nuit. ».Un fils de 'Abdallâh ibn 'Umar dit : « Nous ne les laisserons pas sortir et prendre cela comme prétexte ». Le fils de 'Umar le réprimanda (une variante ajoute: 'Abdallâh lui proféra une insulte que jamais je ne l'avais entendu adresser à quiconque), et s'exclama: « Quoi, je te répète les paroles du Prophète , et tu dis : nous ne les laisserons pas! »[2].
Les femmes musulmanes et les hommes musulmans sincères, soucieux d’être fidèles à leur religion telle qu’elle a été révélée et telle qu’elle a été comprise par les premières générations bénies de musulmans, les salaf as-salih, devraient suivre ce dernier exemple en matière de rétablissement du droit des femmes en général et en ce qui concerne leur participation à la sphère sociale en particulier.
{Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Allah et à Son messager. Voilà ceux auxquels Allah fera miséricorde, car Allah est Puissant et Sage.} (Coran s. 9 v. 71)
Wa Allahu ‘Alem (Allâh est le plus Savant).


[1]          À l'époque de ces Califes, les futuhât se sont intensifiés et de plus en plus de peuples avec des mœurs et des cultures diverses et variées ont embrassé l'Islam, et la majorité de ces musulmans ne vivaient pas en contact avec les grands sahabas formés à l'éducation prophétique : il est difficile de prétendre à la grande vertu de toutes ces peuplades, surtout lorsqu'on sait que les premières grandes dissensions de la oummah (chiisme, kharijisme etc.) sont venues de certaines d'entre elles...
[2]          Rapporté par Muslim dans son Sahih.



LES MOTIFS DE LA PARTICIPATION À LA VIE SOCIALE POUR LA FEMME MUSULMANE – partie 1





L’Encyclopédie de la femme musulmane d'Abu Chouqqa fait partie de ces ouvrages importants sur le plan de la pensée, de l'érudition, et même de la jurisprudence islamique, et qui restent pourtant trop méconnus. Le caractère volumineux de l'ouvrage (6 volumes dans la première édition et 2 volumes dans la dernière) et par conséquent son prix doivent certainement y jouer. Pourtant, c'est un ouvrage incontournable que toute personne s'intéressant à la question de la femme en Islam devrait acquérir.
 Dans cet article, nous avons décidé de présenter sous forme succincte ce qui nous paraît être l'apport majeur de cet ouvrage : l'étude de la participation de la femme musulmane à la vie sociale. En effet, s'il est un aspect largement négligé et même renié dès qu'il s'agit de la femme, c'est bien celui de son rôle extra-familiale, et c'est cet aspect sur lequel les rénovateurs  musulmans devraient faire davantage de recherches. En outre, nous ne serions que trop encourager les musulmans à la lecture complète de l’Encyclopédie de la femme musulmane.  

    1. Les motifs de la participation à la vie sociale de la femme musulmane extraits du coran et de la sunnah 
Dans son ouvrage Abu Chouqqa a extrait du Coran et de la Sunnah onze motifs de participation de la femme à la vie de la société. Chacun de ces motifs est appuyé par des exemples issus des Textes sacrés. Il est possible d'y extraire d'autres motifs d'une participation sociale féminine, mais nous nous bornons ici à citer ceux issus de l'analyse de notre auteur, en en détaillant quelques-uns :
 ●       Rendre la vie plus facile. 
L'auteur cite dans cette catégorie le fait que les femmes allaient interroger directement l'Envoyé de Dieu   sur des questions de jurisprudence. 
●       Permettre à la personnalité de la femme de se développer. 
Les hadîths reliés à cette catégorie concernent les aspects suivants : faire des bonnes actions de charité, fréquenter le Prophète   pour apprendre et s'inspirer de lui, participer à des débats de société… 
●       La recherche du savoir 
●       L'accomplissement des bonnes actions 
●       Ordonner le bien et interdire le mal 
●       Appeler à la religion de Dieu 
●       Le Jihâd dans la voie de Dieu 
Les femmes parmi les compagnons se sont illustrées dans de nombreuses batailles, comme celle de Uhud, de Tabouk, de Khaybar, etc. Elles portaient de l’eau aux combattants, soignaient les blessés, rapatriaient les morts, encourageaient les soldats et ont même, à certaines occasions, participé directement aux combats.
 
●       La pratique de métiers 
Les femmes musulmanes de l’époque prophétique exerçaient différents métiers, certaines étaient agricultrices, bergères, artisanes (fabrication de vêtement, de chaussures, tannage de peaux de cuir…), infirmières, médecins, professeures de lecture et d’écriture, muhtasib (chargé d’ordonner le bien et de réprimander le mal dans le marché de Médine)…En plus de ces exemples cités par Abu Chouqqa dans l’Encyclopédie de la femme musulmane, nous pouvons ajouter comme métiers exercés par les femmes et cités dans les recueils de hadîths ou les ouvrages biographiques : enseignantes en religion, femmes d’affaires, commerçantes, notamment des vendeuses de parfums, coiffeuses, nourrices, servantes… 
●       L’activité politique 
●       Faciliter les occasions de mariage 
●       Faciliter les distractions pures et la présence aux célébrations et aux rassemblements visant au bien 
Abu Chouqqa conclut que cette participation sociale féminine fait partie sans ambiguïté de la voie même de l'Envoyé d'Allâh  , de sa sunnah : « C'est la voie qu'il a choisie et qu'il a effectivement pratiquée, dans tous les domaines publics et privés de la vie, de sorte que c'était la pratique générale de la société musulmane à son époque. Avant d'être une tradition de notre Prophète (que Dieu lui accorde la grâce et la paix), cette participation était la Pratique des prophètes de Dieu, la paix sur eux tous. »  
Cette participation est également explicite (qat'i), tant que sur le plan de la transmission -trois cents hadîths  rien que dans les Sahih d'al-Boukhârî et Muslim entre les actes, les paroles et les assentiments du Prophète  !- que sur la plan de la signification (car la plupart des textes sont totalement clairs et sans ambiguïté). Cette participation implique également un contact régulier entre hommes et femmes dans la société, ce contact étant géré par les règles de la charî’ah. 
 
    2. Les motifs de la participation à la vie sociale de la femme musulmane issus de l'Ijtihâd en fonction de notre contexte
En plus de ces motifs que notre auteur a pu extraire directement des Textes sacrés, une réflexion sur l’évolution de la société en rapport avec la place qu’y occupent les femmes permet d’extraire des nouveaux motifs de la participation de la musulmane à la vie de la société par un Ijtihâd. Abu Chouqqa cite les aspects suivant selon son analyse : 
●       Le besoin que beaucoup de femmes ont de travailler et de sortir de chez elles. 
●       Le besoin accru de la participation de la femme à l'activité sociale et politique. 
●       La complexité de la société moderne et l’accroissement du nombre des institutions de tout ordre avec lesquelles les hommes et les femmes sont en contact. 
●       La disparition des domestiques obligeant les femmes à sortir pour accomplir leurs tâches et l’accroissement des tâches au sein du foyer. 
●       L’augmentation des distances entre les villes et des déplacements (école, médecin) : la femme fait ces déplacements, car l'homme n'en a plus le temps. 
●       L'urbanisation moderne avec les grands immeubles : la femme a besoin de sortir pour s'aérer de ce cadre étouffant. 
●       La distance accrue entre les membres de la famille : la femme doit sortir, voire se véhiculer pour aller visiter sa famille. 
Dans tous ces aspects, les hommes et les femmes peuvent se côtoyer dans le respect des règles islamiques ; il serait en effet difficile pour ne pas dire impossible d’exiger une séparation totale des sexes dans les différentes sphères de la société où la présence des hommes comme des femmes relève du besoin voire de la nécessité.

[1]  Nous entendons par rénovateurs musulmans ceux qui entendent proposer une réforme intellectuelle de la pensée musulmane d'une époque donnée à cause des corruptions qui s'y sont glissées, afin de revenir vers une vision plus proche du Coran et de la Sunnah d'une part, avec une bonne compréhension du contexte d'autre part.
[2]        p. 59-60, tome 2.
[3]  Abu Chouqqa a en effet dénombré trois cents hadîths montrant la participation sociale des musulmanes dans les Sahihayn (les deux Sahih d'al Bukhârî et Muslim) et il va s'en dire qu'il en existe beaucoup plus dans les autres recueils et que l'on pourrait établir bien d'autres classements que celui présenté plus haut. Le Coran montre également plusieurs exemples de femmes dans la vie sociale, telles la Reine de Saba, les filles de Chou'ayb allant chercher l'eau au puits fréquenté par une foule de bergers, la sœur de Mûsâ suivant le périple de ce dernier dans son couffin jeté dans le fleuve jusqu'au palais de pharaon, la plainte de Khawla bint Tha'laba auprès du Prophète,  car son mari l'avait injustement divorcé (voir début de la sourate al Moujâdalah).